L’île des familles, microcosme d’un monde rural fluvestre
Chaque usage s’inscrivait dans un calendrier commun, lié aux cycles du fleuve. La véritable richesse venait du partage : du prêt de parcelles à l’accord tacite pour récolter à bail. Fin XIXe siècle, on recensait jusqu’à dix baux verbaux actifs entre familles d’Étauliers, de Saint-Ciers et d’Anglade pour moins de 25 hectares de terre émergée (source : Archives notariales, Étauliers/Cantineau, 1896-1904).
- Les berges nord servaient plutôt aux pêches collectives.
- Le centre de l’île, plus élevé, était partagé pour les foins.
- Le bord sud, plus sauvage, était laissé à la chasse.
Avec le recul, ces partages n’étaient ni figés ni sans conflit : procès-verbaux en cas de dégradations, discussions sans fin sur l’entretien des digues, menaces liées à l’usurpation des meilleurs « trous d’alose ». Mais toujours, l’île Verte appartenait un peu à tout le monde sans jamais vraiment appartenir à personne.
Anecdote : la fabrique du “vin de l’île”
Des récits du début du XXe siècle évoquent un “vin de l’île”, issu des quelques ceps encore vaillants après le phylloxéra, que l’on buvait entre voisins, à l’ombre d’un saule, en surveillant la marée. Aucun grand cru, mais un vin léger, souvent mêlé d’eau du fleuve, pour fêter la première pêche ou la naissance d’un veau.