À l’évocation des îles de la Gironde, Ré et Oléron s’imposent, parfois Patiras ou Margaux frôlent la conversation. Mais nul frisson, nulle foule pour l’île Verte, discrète sentinelle posée entre les rives du Médoc et de la Charente-Maritime. Pourtant, elle existe : une terre flottante à trente kilomètres au nord de Bordeaux, longue de 1,2 km sur sa façade la plus étirée, large de 400 mètres à peine, perdue dans le miroitement indécis des marées.
Son histoire remonte bien plus loin que le temps humain : l’île appartient au chapelet de bancs sédimentaires nés du lent balancement du fleuve et de l’océan, nourris par la valse des alluvions. L’île Verte a toujours porté son nom comme un programme : silence, humus, herbes folles, et une discrétion innée. À peine visible entre Blaye et Pauillac, son existence passe souvent inaperçue – sur les cartes, sur les guides, aux yeux même des riverains.