Parmi les îles de l’estuaire de la Gironde, l’île Nouvelle est la plus récente et, paradoxalement, la plus emblématique de la relation ambivalente qu’entretient l’homme avec ce bras d’eau capricieux. Là où le fleuve s’évase et mélange eaux douces et salées, l’île portait déjà dans son nom l’appel du recommencement. Car l’île Nouvelle naquit d’une collision entre la volonté humaine et la liberté du fleuve.
Son histoire commence en réalité bien avant le XXe siècle. Deux anciennes îles — l’île Sans-Pain et l’île Bouchaud — seront réunies, grâce à la main de l’homme, autour de 1830. Cette fusion a donné naissance à une terre gagnée sur l’eau, façonnée par l’endiguement et l’assèchement à des fins agricoles. Les digues ceignent alors un terrain de près de 270 hectares, une surface qui la range parmi les plus grandes îles estuariennes encore émergées (Département de la Gironde).
À la fin du XIXe siècle, l’île Nouvelle s’anime : culture de céréales, pâturages, quelques vignes. On y bâtit un village, une école, une distillerie — promesse d’un futur florissant, à l’image des terres miraculeusement conquises sur la nature. Mais, déjà à l’époque, le décor est instable : la digue, malgré les soins, se fissure sous la pression du fleuve, menaçant chaque récolte et chaque espoir d’éternité.