Le long de l’estuaire de la Gironde, la nature paraît généreuse, vibrante : une diversité de sons, d’ailes, d’odeurs salines. Pourtant, derrière cette palette, la richesse du vivant se négocie parfois en silence. Depuis plusieurs décennies, la propagation d’espèces invasives bouleverse le visage des bords de fleuve, transforme les équilibres, efface les voix des espèces discrètes. Loin d’être anecdotique, ce phénomène est devenu central dans la gestion écologique, ici comme ailleurs.
Une espèce invasive est une plante ou un animal, arrivé avec ou sans l’aide de l’homme, dont la présence menace les espèces indigènes, modifie l’écosystème, bouscule les usages humains et peut même impacter la santé. La Commission Européenne estime qu’elles représentent la seconde cause de perte de biodiversité à l’échelle mondiale (source).
Sur le littoral atlantique comme dans les marais intérieurs, elles sont déjà bien installées : la jussie tapisse les eaux, le ragondin bouscule les berges, la grenouille taureau supplante ses cousines, la renouée du Japon occulte les haies sauvages. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en France, plus de 2400 espèces exotiques sont recensées, dont 750 considérées comme envahissantes ou potentiellement envahissantes.